L’esprit panoramique > III. 1900 ou le triomphe du cadre > III.2. Panorama pictural : gigantisme et hybridation > III.2.1. Antécédents
III.2.1. Antécédents
Deux attractions constituent les prémices spectaculaires de l’exposition universelle de 1900.
Lors de l’exposition précédente, en 1889 à Paris, Théophile Poilpot s’était illustré avec son Panorama de la compagnie transatlantique, dans lequel le spectateur se trouve embarqué pour une croisière depuis le port du Havre [11]. Si Langlois avait remplacé la plate-forme du panorama par la dunette d’un navire pour la Bataille de Navarin (1831), Poilpot fait rentré dans la rotonde un bateau entier – reconstitution du bâtiment La Touraine – dont on visite les cabines et depuis le pont duquel on admire le panorama au milieu des figurants en uniforme de la compagnie et des figures de cire regardant au large. Le voyage lui-même aurait été simulé par des changements de la peinture [12]. Cette ” croisière ” attirera plus d’un million de personnes.
Ce spectacle en annonce un autre : le panorama le Vengeur par le même Poilpot qui, en 1892, compte surenchérir en termes de réalisme et d’action (figure 2). Les spectateurs sont cette fois embarqué sur un navire français, le Hussard, et assistent, au beau milieu d’une bataille navale opposant la France à l’Angleterre (1794), au naufrage du Vengeur. Le mouvement de tangage du Hussard est simulé par des vérins hydrauliques tandis que des bruits de canons se font entendre de toutes parts et que la Marseillaise est entonnée par un chœur. Malgré un accueil très favorable de la critique, les entrées à deux francs ne suffisent pas à assurer un bénéfice suffisant au spectacle. La rotonde sera transformé en palais des glaces dès 1894 [13].

Figure 2
Le vengeur, exposition universelle de 1889, Paris.
Source : La Nature, 1892, Vingtième année, deuxième semestre : n° 992 à 1017, p.129.
[11] Le panorama de la compagnie transatlantique à l’exposition universelle de 1889, La Nature, 1889, Dix-septième année, deuxième semestre : n°835 à 861, Félix Hément.
[12] C’est en tout cas ce que rapportent Leo Charney et Vanessa R. Schwartz à la page 314 de Cinema and the Invention of Modern Life (University of California Press, 1996, 409 pages). Aucune changement de la peinture du panorama n’est cependant évoquée dans l’article de La Nature (qui indique en revanche que le public pouvait voir des dioramas dans la partie supérieure de la rotonde) ou chez Oettermann.
[13] CHARNEY Leo, SCHWARTZ Vanessa R. Cinema and the Invention of Modern Life, op. cit., p.314-315.

