II.2.1. Problématique
Joachim Bonnemaison propose deux classifications de l’image panoramique.
La première, explicitée dans le catalogue de la Collection Bonnemaison [19], concerne principalement les procédés de prise de vue photographique panoramique du XIXème siècle. Elle reste cependant applicable pour décrire des photographies produites postérieurement dans la mesure où les procédés qu’elle prend en compte ont été pérennisés au XXème siècle. Cette classification est discutée contradictoirement par Philippe Dubois et Michel Frizot [20].
La seconde classification Bonnemaison intègre la première et propose une typologie plus générale de la forme panoramique [21]. Elle établit une relation entre des procédés d’enregistrement hétérogènes que Michel Frizot rejette par principe [22]. Cependant, elle intègre des procédés qui échappent à la première classification et permet une analyse de la forme panoramique par l’application du modèle heuristique des objets spatio-temporels (OST) issu de l’image numérique et défendu par Tania Ruiz-Gutierrez [23], analyse qui justement apporte un éclairage sur les relations entre cinéma et photographie panoramique [cf. section II.3.4.]
Nous nous proposons donc de discuter cette première classification dans les termes du débat Dubois-Frizot puis de définir notre propre typologie, en prenant acte de la seconde classification (figure II-14).

Figure II-14
Classification Bonnemaison. Exposition sur Hyppolite Bayard, Bibliothèque Nationale de France.
Source : expositions.bnf.fr/legray
[19] BONNEMAISON Joachim, DURAND Régis
Catalogue de l’exposition Panoramas, collection Joachim Bonnemaison, op. cit., p.16.
[20] Dans La question du panorama, Philippe Dubois tente de définir la photographie panoramique en partant du postulat qu’elle se constitue le chaînon manquant entre la chronophotographie de Marey et le cinématographe des Frères Lumières (reprenant probablement le point de vue de Joachim Bonnemaison pour lequel Damoizeau serait le personnage intermédiaire entre Marey et Lumière). Un an plus, tard, Michel Frizot publie une contre-analyse, Revoir la question du panorama, et les yeux ont aussi des pieds, où il s’attache à reprendre point par point le développement de Dubois pour arriver, on s’en doute, à une conclusion opposée : s’il y a un quelque chose entre la chronophotographie et le cinéma, c’est la vidéo, et, fait-il remarquer, c’était d’ailleurs l’hypothèse que Dubois lui-même défendait dans un article précédent.
[21] On trouve les traces dans une exposition de la Bibliothèque nationale de France sur Hyppolite Bayard : exposition.bnf.fr/legray
Nous ne sommes pas parvenus à déterminer l’origine de cette source plus précisément. Elle appartient peut-être au catalogue : Sehsucht – Das panorama els massenhaltung des XIX Jahrhundert, Bonn, Stroemfeld/Roter Stern,1993.
[22] “Les recherches de continuité organiques dans le domaine technologique […] sont certainement vaines : nous avons à faire à des systèmes disjoints et anisotropes, et ce n’est pas une espèce rare qui peut apporter une preuve supplémentaire à un évolutionnisme rêvé”
FRIZOT Michel, Revoir la question du panorama, et les yeux ont aussi des pieds, op.cit, p.92.
[23] RUIZ-GUTTIEREZ Tania. Études sur le temps et l’espace dans l’image en mouvement…, op.cit., p. 188.

