I.2.1. Les thèmes du panorama
Le panorama est certainement un genre à l’intérieur de la peinture, si l’on entend par là avec Mickaël Bakhtine “le sens collectif et accumulé des choses qui a résisté au temps et aux mutations sociales, le fondement de la garantie d’objectivité, la base du “contenu de vérité des représentations” [11]. Mais, le panorama a également ses thèmes, qui sont, à de très rares exceptions près, ceux du XIXème siècle lui-même [12] : la ville, la guerre, le lointain [13].
La ville
Dans une certaine mesure, le panorama va étendre à un public plus large les visions que seuls les participants du Grand Tour pouvaient s’offrir : Les grandes capitales européennes (Londres, Paris, Rome, Vienne) comme les villes patrimoniales du Moyen-Orient (Jérusalem, Constantinople).
La révolution industrielle métamorphose le paysage et voit le développement sans précédent des grandes métropoles. La ville, Londres et Paris en premier lieu, devient tentaculaire et opaque. “Le panorama joue un rôle décisif […] comme modèle d’une maîtrise retrouvée par rapport à l’espace collectif tentaculaire” [14]. Cette perte de repère sera compensée par deux modèles heuristiques que sont l’induction et le panoramisme [cf section I.4.4].
La guerre
Le panorama, moyen de propagande au service du patriotisme dépeindra surabondamment les batailles, les hauts faits nationaux et les grands personnages dans un registre où la peinture panoramique empiète sur la peinture d’histoire.
Il existait au XIXième siècle, nous dit Alison Griffith, deux types de panoramas de batailles : “le panorama de type « journal illustré » et le panorama de type « monument national ». Le premier représentait en images les nouvelles marquantes du jour et il était généralement exposé dans des rotondes construites à cet effet dans les capitales européennes. Le second était élaboré, au plan du discours, comme une peinture commémorative susceptible de célébrer une victoire pouvant remonter à plusieurs années”. [15]
Le lointain
À une époque où il est encore difficile et dangereux de voyager, le panorama investit le thème du voyage, du lointain : les villes patrimoniales, les paysages sublimes (Les Alpes); les lieux exotiques (Calcutta, Rio de Janeiro). Le goût pour le voyage, avec notamment la tradition du Grand Tour, le Romantisme puis l’Orientalisme et l’Exotisme vont encenser les voyages. Par ailleurs, le développement de la presse après la révolution, puis du journal illustré au XIXème siècle, suscite l’appétit du public pour le lointain et de connaissance en général.
[11] WALL Jeff, Entretien avec Martin Schwander, p. 241-256
Essais et entretiens 1984-2001, ENSBA, 2001, Paris, 378 p.
[12] AUMONT Jacques, L’œil interminable, op. cit., p. 60.
[13] COMMENT Bernard, Le XIXème siècle des panoramas, op. cit., p.5.
[14] Bernard Comment, Le XIXème siècle des panoramas, op. cit., p.6.
[15] GRIFFITHS Alison, Le panorama et les origines de la reconstitution cinématographique op. cit., § 10.

