II.2.3. Proposition de classification
On aura peut-être remarqué que la classification discutée précédemment ne prend pas en compte les photographies produites par le périgraphe de Mangin [cf. section II.1.2] dont on sait que le procédé sera repris par la suite. Au contraire, la seconde classification Bonnemaison inclus les images périgraphiques (ci-contre).
Nous ne discuterons pas ici le bien-fondé de cette classification. Quelques remarques cependant :
• Le terme “instantané” est mal choisi. L’instantanéité n’est pas le critère qui définit le type d’enregistrement de cette catégorie pas plus comme dirait Frizot que cette notion ne permet de définir la photographie conventionnelle [cf. note 25]. Nous proposons de lui substituer le vocable isotemporel qui décrit le fait que, lors de l’enregistrement photographique, toutes les parties du négatif sont exposées pendant la même durée et au même moment.
• À l’intérieur de cette catégorie, nous retrouvons les vues périgraphiques sous le terme “anamorphoses”, ce qui n’est pas très heureux puisque les “visions hémisphériques” sont tout autant anamorphosés. Il convient en fait de fusionner ces deux types qui ont en commun d’être produits à l’aide d’un miroir qui peut être torique dans le cas du périgraphe, ou conique (sphérique ou parabolique). On a affaire ici à des photographies nécessairement anamorphosées, circulaires, qui capture l’horizon sur ses 360° avec une couverture de champ verticale souvent limitée qui dépend du miroir.
• Dans la catégorie “temps instantané”, se retrouvent des types de prises de vue dont on peut se demander, à l’instar de la vue de panorama, si elles ont bien leur place dans la photographie panoramique. Le faux “semblant anamorphique” n’est par exemple que l’application d’un masquage inspiré de la forme des photos périgraphiques de Mangin desquelles il tire probablement son nom. Bonnemaison en donne d’ailleurs donne un exemple reproduit ci-après (un nu d’Émile Constantin Puyo de 1890, figure II-21) qu’il qualifie de vue de panorama (il n’a pas à ce moment-là produit sa seconde classification).
• La catégorie “temps discontinu” élargit la forme panoramique à la linéarité avec le panorama de travelling – proche dans l’idée du moving-panorama) et l’ouvre même à la discontinuité spatiale avec le “faux panorama”.

Pour rappel : Seconde classification Bonnemaison.
[25] Dès 1841, l’italien Achille Morelli réalise un panorama de montage en 13 plaques pour un client anglais qui en avait eu l’idée.
BORDINI S., Storia del Panorama. La visione totale nella pittura del siglo XIX seculo, Rome, Officina Edizioni, 1984, p.161 ;
cité p.47 dans MICHAUX Emmanuelle, Du panorama au cinéma circulaire : Origines et histoire d’un autre cinéma, 1785-1998, L’Harmattan, Collection Champs visuels, Paris, 166 pages, 2000 ).

Figure II-21
Émile Constantin Puyo, 1890
En haut : vue conventionnelle, 122 x 195 mm. En bas : “Vue de panorama” : 95 x 242 mm.
À la croisée des trois auteurs, nous proposons donc notre propre classification qui vise à résoudre deux problèmes, l’un terminologique, l’autre générique. Elle entend donc autant prendre acte des procédés d’enregistrement de l’image que de l’intention panoramique qui consiste en “un voir plus” – , que cette intention passe par un dispositif aussi simple que le montage – geste primitif du photographe du XIXème siècle comme de l’amateur de l’époque contemporaine – ou par un dispositif de saisie photographique corrélant, en une continuité, l’espace et le temps. Cette catégorie fait de la circularité de la prise de vue et de l’immobilité du point de vue ses deux déterminants principaux.
Type I : panorama cyclophotographique ou cyclophotographie
Nous reprenons le vocable de Frizot : c’est le cyclographe de Damoizeau qui fait ici référence et en défini le mode de captation – le temps corrélé à l’espace et un rendu perspectif curviligne – qu’elle que soit sa couverture de champ. Il intègre les appareils à objectifs pivotants.
On peut toutefois au prix d’un néologisme disgracieux, utiliser le terme pancyclophotographie pour désigner les cyclophotographies atteignant ou dépassant les 360° (cela étant, la couverture de champ devra être précisée dans la mesure du possible.
Type II : panorama de montage
Il résulte du montage de plusieurs photographies à perspective plane, que les jointures soient maquillées ou non. Le régime spatio-temporel de l’image est fondé sur la fragmentation faisant jouer une discontinuité temporelle et éventuellement une continuité spatiale.
Type II : panorama isotemporel
Il s’agit soit d’une photographie dont le support sensible est insolé isotemporellement. En premier lieu, cette catégorie regroupe les photographies réalisées à l’aide d’un miroir, quelle que soit sa forme. Ce sont des anamorphoses qui décrivent l’horizon sur 360°.
En l’espèce, cette classification permet de décrire les photographies produites au XIXème siècle. On pourra par la suite la faire évoluer pour intégrer les pratiques photographiques au XXème siècle. Notamment, en introduisant la mobilité du point de vue et donc l’idée de sa trajectoire – ce qui vaut pour les types 1 et 2. Ce faisant, on retrouvera le moving-panorama, soit la translation rectiligne du point de vue avec une prise de vue perpendiculaire à la trajectoire ainsi définie. Ce faisant, on croisera le vaste territoire de la strip photography et du slit-scan, procédés qui ont prétention à englober la photographie panoramique [cf. section II.3.4].
Figure II-22
La classification donnée ci-dessus dépasse la cadre de ce mémoire et intègre des modes de prises de vues et de visualisation qui couvrent l’ensemble du XXième siècle.

