I.3.5. Nature et science
Les gravures de Mérian du XVème siècle sont souvent citées comme point de départ d’une tendance à la reproduction qui s’exprimera plus tard dans le panorama, (Suisse). Il s’agit souvent de vues topographiques de ville (figure I-37). Mais Oettermann nous met en garde [94] : “à y regarder près elles ressemblent davantage à des cartes qu’à des paysages réalistes”. Ces gravures développent un nombre impressionnant de façon de représenter une topographie, depuis la vue frontale à la vue du ciel (à la verticale) qui dénote d’un sens poussé de l’objectivation spatiale même s’il ne s’appuie pas sur la perspective centrale.
Figure I-37
Gravures de Mathaus Meyrian, vers 1615, Topographia Germaniae.
Cependant, c’est le développement des Sciences naturelles au XVIIème et XVIIIème siècle, regroupée sous le vocable Géognosie (cartographie, biologie, géologie, géographie), qui légitima la recherche d’exactitude dans le relevé. “Depuis les simples amateurs jusqu’au peintre renommé, avec ou sans l’aide de la camera obscura et du miroir de Claude, on s’essaya à l’exactitude” [95].
Dans son Voyages dans les Alpes, Horace Bénédicte de Saussure développe entre 1779 et 1796, un mode de représentation particulier qui traduit une vision panoramique selon un mode que l’on peut qualifier d’objectif/synthétique en regard de la dimension subjective/immersive du panorama (figure I-38a).
On retrouvera d’ailleurs le type de représentation proposée par de Saussure dans les brochures de présentation de panoramas distribués aux visiteurs (figure I-38b) . Ce qui montre bien que ce mode de présentation, aussi éloigné qu’il soit de nos critères contemporains pouvait, dans une certaine mesure, passer pour conventionnel au début du XIXème siècle.
[94] OETTERMANN Stephan, The Panorama, op. cit., p.25
Il y aura un “juste” retour de ce style en Amérique du nord au XIXème siècle sous le nom de panoramic maps. dont on peut trouver de nombreux exemple sur le site de la bibliothèque du Congrès de Washington : http://memory.loc.gov/ammem/pmhtml/panhome.html
Figure I-38a
Vue circulaire des montagnes, Horace Benedict de Saussure, 1776. Source : Stephan Oettermann, The Panorama, p.36
Figure I-38b
Plan anamorphique du panorama de Francfort. Morgenstern and Wilck, Historisches Museum, Francfort, 1810. Source : Stephan Oettermann, The Panorama, p.184.
[95] OETTERMANN Stephan, The Panorama, op. cit., p.32
Ce mode de représentation a son histoire et ses appareils. En 1873, Franz Schrader inventera l’Orographe (figure I-39a) qui perpétua la représentation initiée par de Saussure et von der Linth en l’automatisant. En plus du tracé des montagnes alentour (figure I-39b), on relevait l’azimut et la hauteur des sommets figurés, données qui étaient utilisables pour la réalisation des cartes topographiques classiques. [96]
Figure I-39a
Orographe de Franz Schrader. Source : wikipédia
Figure I-39b
Relevé réalisé avec un orographe. Source : wikipédia
[96] Ce type de représentation sera obtenu plus tard avec un appareil photo équipé d’un miroir conique comme le périgraphe du colonel Mangin sans toutefois pouvoir être exploité pour la topographie. Elle est devenu courante avec le développement du numérique et les possibilités logicielles d’anamorphoses. cf. II.1.2.
De même, le panorama hérite du relevé militaire basé sur l’exactitude de la représentation d’une topographie à des fins tactiques. Oliver Grau prend l’exemple de Paul Sandby, peintre anglais qui participa comme dessinateur à une campagne de relevés topographiques pour le compte de l’armée britanniques de 1746 à 1751 (Grau évoque la réalisation de panoramas sans préciser s’il s’agit de vue à 360°). Quarante ans plus tard et cinq ans avant l’inauguration du panorama de Londres de Barker, le même Sandy crée pour un noble de la couronne, Sir Nigel Bowyer Greysley, une chambre d’illusion (room of illusion) où il reproduit sur les quatre murs de la pièce un paysage gallois existant vu depuis un point de vue élevé (la canopée). Afin de parfaire l’illusion, il masque l’accès à la pièce par un trompe-l’œil et installe un faux-terrain. [97]
[97] GRAU Oliver, Virtual art from illusion to immersion, op. cit., p.54
Cette illusion room semble effectivement se trouver entre le panorama de Barker et les pièces que l’on ornait de papiers peints panoramiques. Voir Patrick Desile.
Il existe un catalogue sur les papiers-peints panoramiques réalisés à partir d’une exposition au Musée de arts décoratifs (18.9 1990 au 20.1 1991) : Papiers-peints panoramiques, Odile Nouvel-Kammerer, Paris, Flammarion, 1990









