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I.1.1. Le brevet de Robert Barker
C’est en contemplant Édimbourg depuis la Carlton Hill, que Robert Barker, portraitiste et miniaturiste irlandais, autodidacte, a l’idée d’une représentation circulaire propre à rendre la sensation de totalité qu’il éprouve [2]. Fort de son expérience de la perspective et d’un appareil de son invention [1] , il entreprend de peindre une première vue semi-circulaire qu’il présente dans des conditions peu propices à Sir Joshua Reynolds, alors président de la Royal Academy. Celui-ci émet un avis négatif, ne voyant pas l’intérêt de ce nouveau mode de représentation.
Nullement découragé, il dépose un brevet le 19 juin 1787 pour un dispositif pictural qu’il nomme lui-même la nature à coup d’oeil et qui consiste en la présentation d’une peinture circulaire, ou plutôt cylindrique, au sein d’une rotonde spécialement conçue à cet effet. Ce n’est qu’en 1792, à l’occasion d’une annonce parut dans le Times que ce dispositif se verra présenté sous le vocable panorama, néologisme dérivé du grec qui signifie littéralement “tout voir” (pan- : tout et -orama : voir) [3].
Notons dès à présent que le panorama en tant que forme de représentation n’est pas en soi une création du seul Robert Barker, mais plutôt le produit d’une époque. Le peintre allemand Breysig lui en contesta même la découverte [4]. Cependant, et la description du dispositif faite dans le brevet de 1787 l’atteste, Barker est l’inventeur du panorama parce qu’il en proposa une solution fonctionnelle et globale [5].
Dans la logique du brevet, et plus généralement dans la logique économique capitaliste du XIXème siècle, le développement du panorama en tant que mass médium sera déterminé par sa capacité à créer un standard intégrant les dynamiques de la production spécialisée et de la diffusion internationale [ce point sera développé en section I.2] [6].
[1] Trois récits circulent pour décrire “l’illumination” de Barker. Peu fondés historiquement pour 3 d’entre eux, relevant du saisissement, ils mettent a posteriori en exergue les différents aspects du dispositif qu’il a imaginé : la circularité, la lumière et le dispositif de présentation pictural.
[2] Barker enseignait la perspective au quartier général des troupes d’occupation anglaise à Édimbourg et avait mis au point empiriquement un système de perspective cylindrique ainsi qu’un appareillage lui permettant de prendre le relevé d’un tour d’horizon par cadres successifs (Oliver Grau, Virtual art : form illusion to immersion, op. cit., p.56).
[3] COMMENT Bernard, Le XIXème siècle des panoramas, op. cit., p.5.
[4] Selon Stephan Oettermann [a], Breysig, présenté comme un expert de la perspective [b], lui contesta sa découverte. Laurent Manonni [c] quant à lui rapporte qu’en 1791 que Breysig part en Italie pour réaliser des études pour son premier dessin panoramique. Nommé décorateur au théâtre de Leipzig en 1794, il rencontre un certain Tielker qui, ayant l’intention d’édifier un panorama comme celui de Barker, lui apprend qu’il a été devancé. Bernard Comment conteste que Breysig ait eu matière à disputer l’invention du panorama à Barker : la lecture de ses Mémoires indiquerait que son projet relevait davantage “du salon paysager et de la décoration globale” et ne définissait nullement un dispositif conditionnant le rapport du spectateur à la toile.(p.26)
[a] OETTERMANN Stephan, The panorama, op. cit., p. 5
[b] Michael Hampe, Rundhurizont auf der Barockbühne, Maske und Kothurn 7 (1961), p.332, cité dans OETTERMANN Stephan, The panorama, op. cit., p.25.
[c] MANNONI Laurent, p. 171, Le grand art de la lumière et de l’ombre : archéologie du cinéma, Paris, Nathan, 1994, 512 p.
[5] De la même façon Jacques Aumont tient Lumière pour “”l’inventeur le plus inventeur du cinéma car il est celui qui s’approche le plus près de la conjonction idéal des moteurs majeurs de cette invention : imaginer une technique, concevoir le dispositif dans lequel elle sera efficace, percevoir le but en vue duquel s’exerce cette efficace”. AUMONT Jacques, L’oeil interminable, op.cit., p. 31.
[6] On trouvera à l’annexe 1 quelques dates en matière d’inventions qui, à elles seules, témoignent du mouvement d’industrialisation et de quantification- et de la place qu’y occupent les machines et les instruments de mesure.

