L'esprit panoramique
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    • I. Le panorama pictural au XIXième siècle
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        • I.4.3. Les procédés diégétiques : récit et et temporalité
        • I.4.4. Panorama et panoramisme
      • I.5. Mutations de l’observateur
        • I.5.1. La destitution de la camera obscura
        • I.5.2. L’autonomisation des sens
        • I.5.3. Les techniques de l’observateur
        • I.5.4. De L’œil mort à l’œil mobile
        • I.5.5. Mouvement, temps, fragmentation
    • II. Le panorama photographique au XIXème siècle
      • II.1. Origine et évolution technique
        • II.1.1. Les appareils à objectifs pivotants
        • II.1.2. Les appareils à miroir
        • II.1.3. Les appareils à pellicule souple
        • II.1.4. La méthode polyédrique
      • II.2. Typologie et terminologie
        • II.2.1. Problématique
        • II.2.2. La classification Bonnemaison en question
        • II.2.3. Proposition de classification
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        • II.3.1 Une histoire de cadre
        • II.3.2. Une histoire de perspective
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        • II.3.4. Une histoire de temps et d’espace
      • II.4. Thématiques et jeu de langages
    • III. 1900 ou le triomphe du cadre
      • III.1. Panorama pictural : gigantisme et hybridation
      • III.2. Le Photorama des frères Lumière
      • III.3. Le Cinématographe des frères Lumière
      • III.4. Le Cinéorama de Grimoin-Sanson
      • III.5. Passation de pouvoir
      • III.6. Lignes de devenir
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        • III.6.2. La photographie panoramique
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        • III.6.4. Le cinéma panoramique
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I.5.3. Les techniques de l’observateur

En effet, de ces réinterprétations de la vision et du statut de l’observateur, et en particulier du nouveau cadre expérimental scientifique, témoignent les appareils d’optique, comme le stéréoscope ou le phénakistiscope, devenus des formes de divertissement populaire.

Brewster invente le premier d’entre eux en 1815, le kaléidoscope, qui selon Crary : ” représente une machine capable de désintégrer l’unité de la subjectivité et de disperser le désir, de l’organiser selon de nouvelles structures mobiles, labiles, en fragmentant les points d’iconicité, en en troublant l’immobilité”.

En 1825, à Londres, le docteur John Paris introduit le thaumatrope (roue à miracle), “jouet philosophique” nous dit Crary “témoigne sans équivoque de la nature artificielle et hallucinatoire de son image, ainsi que du hiatus entre l’acte de perception et l’objet perçu”.

En 1830, le savant belge Joseph Plateau, qui avait donnée en 1820 la formulation décisive de la persistance de la vision, fabrique le premier phénakitiscope (vue trompeuse, figures 50 et 51), suivi, en 1834, de deux appareils de même nature , le stroboscope du mathématicien Ritter von Strampfer et le zootrope (roue de vie) de Horner. La nouveauté du phénakistiscope réside en ce que l’observateur doit assumer “une position physique qui dénote trois modes d’être” : “le corps de l’individu est à la fois spectateur, sujet de la recherche et de l’observation empiriques, et élément d’une production mécanisée”.

Figure I-50
Principe d’utilisation du phénakistiscope

Figure I-51a
Disque de phénakistiscope réalisé par Eadweard Muybridge (1893)

Figure I-51b
Disque en rotation

Figure I-51c
Boxeurs tels qu’ils apparaissaient pour un spectateur regardant le miroir.
Source : wikipédia

Selon Crary, ces appareils illustrent l’idée de Walter Benjamin qu’au XIXe siècle “la technique à soumis le sensorium humain à un complexe d’entraînement” [214]. Et, pour l’auteur, c’est le stéréoscope qui en constitue le prototype épistémique; stéréoscope qui, constitue la principale forme des images visuelles au XIXe siècle après les photographies, dont il a été un mode de vision majeur.

Comme les autres appareils, le stéréoscope trouve son origine dans les recherches physiologiques sur la vision subjective, en particulier dans les travaux de Wheaston et de Brewster [215] (figure I-52 et I-53). Pour Crary, “nulle autre représentation, au XIXe siècle, n’a suscité une fusion aussi complète du réel et de l’optique”.

Crary décrit le stéréoscope comme comme un dispositif obscène [216], au sens où il détruit “la relation scénique entre le spectateur et l’objet” propre à “la structure éminemment théâtrale” de la camera obscura. En somme, dans la proximité à l’objet, le stéréoscope évacue tout médiation entre celui-ci et l’observateur et par son effet de tangibilité devient “une forme de possession oculaire pour les masses”. Par un processus de transsubstantiation, le stéréoscope propose une vision “irrésistible” du réel.

Figure I-52
Stéréoscope de Brewter, 1870
The Bill Douglas cinema Museum

Figure I-54
Le stéréoscope de Holmes, dit stéréoscope “mexicain”, 10 x 19 x 33 cm, v. 1869.
in : Un voyage stéréoscopique, Oliver W. Holmes. Études photographiques, N°9, Mai 2001 : Photographie et illustration / À la poursuite du relief

[214] BENJAMIN Walter, Sur quelques thèmes baudelairiens, 1939, p.179.

[215] Ce dispositif est “indissociable du débat sur la perception de l’espace” dont on se demande si elle relève de l’innée ou de l’acquis. La réponse est donnée par Wheaston qui, à partir de l’étude du chiasme optique (œil gauche – cerveau doit / œil droit – cerveau gauche), parvient à mesurer la parallaxe binoculaire et avance que “l’organisme humain […] est capable de synthétiser la disparité rétinienne en une image unique”.

Figure I-53
Stéréoscope à Miroirs de Charles Wheatstone, 1869

Bewster insistent sur la nature temporelle de la perception stéréoscopique en ce sens que l’image unique n’est pas stable et donnée une fois l’adaptation visuelle engagée, mais en perpétuelle construction mentale par l’interaction dynamique des deux images sources. Crary estime qu’avec le stéréoscope, Wheaston ne recherche pas simplement la ressemblance, mais la tangibilité immédiate de l’objet dans une expérience purement visuelle.

[216] À cette description, fait écho celle d’Oliver Grau qui fait du stéréoscope l’ancêtre immersif du Head Mounted Display de Donal Sutherland en 1970.

L’auteur écrit (p. 50) : (Peep shows* stand at the beginning of a line of developpement that complements the immersive spaces that envelop the ful body, where the illusionnic effect results from bringing the images up very close to the eyes of the oserver. Among its successors were stéréoscope, View Master and the Head Moounted Display.

...

* Peepshow est entendu ici au sens de boîtes d’optiques dont le dispositif optique conçu vers 1413 par l’architecte italien Brunelleschi (1377-1466) est précurseur. Voici la description qu’en donne Sabine Melchior-Bonnet : “[Le dispositif] consiste en une boîte à l’intérieur de laquelle un panneau représente le baptistère de Florence tandis que le panneau vis-à-vis reçoit un miroir ; un trou “aussi petit qu’une lentille” a été aménagé au revers du panneau peint, à l’entrée même du baptistère, par lequel l’œil regarde et découvre, en profondeur, la représentation en perspective du même point de vue que l’auteur du tableau, et si exactement qu’il pourrait la prendre pour vraie”.

MELCHIOR-BONNET Sabine, Miroir et identité à la Renaissance; in Miroirs. jeux et reflets depuis l’Antiquité, Editions d’Art, Paris, 2000.

Figure I-55
Quatre femmes dans un salon
. Photographie stéréoscopique sur papier albuminé. Vers 1860.
Source : Yves Lebrec

Quand au Panorama, Crary ne l’aborde qu’au détour d’une description du Diorama de Daguerre, sans l’intégrer parmi ses techniques, lui préférant le diorama à partir duquel il peut développer sa réflexion foulcadienne de l’asservissement du corps par les dispositifs mécaniques. Nous y voyons un curieux oubli étant donné la place importante – nous ne dirons pas prépondérante pour éviter de faire du panorama notre stéréoscope – que ce médium a occupé au XIXème siècle.

Et ici on peut s’inspirer de la démarche épistémique proposé par le trio Gaudreault / Russel / Véronneau dans L’Épistémè “1900” [217]. En premier lieu, malgré l’intérêt qu’il porte à la réflexion de Crary, ceux-ci contestent la place que ce dernier accorde au stéréoscope – “lieu de rupture et d’émergence d’un modèle phénoménologique du sujet”. Plus largement, en dépit de prémices foulcadiennes bien accueillies, les auteurs lui reprochent de “recentrer son propos sur le sujet plutôt que d’analyser la construction d’un sujet via le dispositif” et notent que pour Foucault “il n’y a pas un sujet – phénoménologique – mais des dispositifs énonciatifs qui assignent une place au sujet, le constitue comme tel”. [218]

Il convient donc d’interroger l’influence du panorama sur un observateur pris dans son époque, sur son habitus visuel, perceptif et cognitif, en considérant que l’un et l’autre vont être modifiés selon un processus co-évolutif.

[217] GAUDREAULT André, RUSSEL Catherine, VÉRONNEAU Pierre
L’Épistémè “1900”,p.45-62, in : Cinématographe, nouvelle technologie du XXème siècle. Lausanne, Payot, Collection cinéma, 2004, 398 pages.

[218] ibid., p.47.

I.5.2. L’autonomisation des sens
I.5.4. De L‘œil mort à l’œil mobile

POUR CITER CE TRAVAIL

L’esprit panoramique. Splendeur et décadence d’une utopie holistique, Jean Leborgne, Mémoire de master, Paris VIII, 2008, 234 p.

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