III.6.3. Le cinéma
Nous serons ici d’autant plus bref que cette histoire, longue et complexe, épouse celle du XXème comme le panorama celle le XIXème.
Le cinéma va rapidement s’inventer une syntaxe propre passant du cadre fixe dans les premières Vues Lumières, au déplacement de la caméra (depuis la gondole de Promio) et au montage (Mélies, Porter, Griffiths) [49].
À travers la définition du langage cinématographique, on revient à un univers cadré, faisant du hors-champ son réservoir fictionnel, où fragmentation et continuité s’entremêlent, où la totalité n’est plus celle du champ de vision mais de l’imaginaire. Le cinéma deviendra pour beaucoup – Bergson à Deleuze -, le modèle même de la conscience, de sa temporalité et de la perception du réel.
Il faudra attendre l’avènement du numérique et de l’interactivité pour que ce modèle puisse être amendé et réactualisé pour un nouvel observateur passé du statut de regardeur à celui d’interacteur, avec les impasses et les possibilités qui témoignent de sa puissance. Si l’on suit Jean-Louis Boissier, “le cinéma interactif libère la variabilité potentielle des paramètres cinématographiques, et fait de cette variabilité son principal levier”. L’auteur d’émettre l’hypothèse que l’on peut “considérer le cinéma comme le cas particulier d’un dispositif général – dont l’image interactive serait désormais le prototype et dont l’informatique assurerait la variabilité”. [50]
Figure III-28
The Adventures of Dollie, D. W. Griffith et G. W. Bitzer (non crédité), 1908, 12 mn, American Mutoscope and Biograph Company.
[49] Il n’est pas question pour nous de statuer sur la genèse du montage. Nous nous limiterons d’une citation d’Alfred Hitchcock volée sur le web et d’une strophe deleuzienne :
« La tendance à filmer des actions, des histoires, a commencé avec le développement des techniques propres au cinématographe et nous savons que le premier grand moment de ce développement a eu lieu lorsque D. W.Griffith a ôté la caméra de l’emplacement où la mettaient ses prédécesseurs, quelque part sur l’arc du proscenium (1), pour l’approcher le plus près possible des acteurs. Le deuxième grand moment a eu lieu lorsque Griffith, reprenant et perfectionnant les tentatives de l’Anglais G.A. Smith et de l’Américain Edwin S. Porter, a entrepris d’assembler les différents morceaux du film, les plans, pour en faire des séquences. C’était la découverte du rythme cinématographique par l’utilisation du montage. »
Alfred Hitchcock (référence inconnue)
“D’une part la prise de vue était fixe, le plan était donc spatial et formellement immobile; d’autre part l’appareil de prise de vue était confondu avec l’appareil de projection, doué d’un temps uniforme abstrait. L’évolution du cinéma, la conquête de sa propre essence ou nouveauté, se fera par le montage, la caméra mobile, et l’émancipation de la prise de vue qui se sépare de la projection. Alors le plan cessera d’être une catégorie spatiale pour devenir temporel; et la coupe sera une coupe mobile et non plus immobile.”
Gilles Deleuze, L’Image Mouvement, Minuit, 1983, p. 12
[50] Boissier Jean-Louis
Le récit interactif, tables rondes, 6 décembre 2000 — ENSAD-ARi, labEi, CIREN
source : http://www.ciren.org/ciren/colloques/061200/boissier.html

