On peut cependant nuancer ce point de vue qui néglige une autre vision possible, pour des formats plus réduits. Si on s’en réfère au catalogue Bonnemaison la longueur des tirages dépasse rarement le mètre, nombre d’entre eux oscillant autour de 50 cm. Dans ce cas, la lecture du panorama ne nécessite aucun déplacement. La photographie peut être embrassée dans son ensemble et propose une vision synthétique du champ couvert.
Et ici, la perception de la photographie va dépendre de l’angle de champ et du jeux des formes : plus celui-ci sera élevé, plus la présence de la perspective curviligne sera forte, plus l’espace sera divergent du champ perceptif habituel, plus la photographie sera étrange. Une photographie peut nous apparaître relativement “lisible” pour des angles inférieurs à 180°.
En figure II-25, on trouvera 3 photographies. En haut, une cyclophotographie issue du catalogue Bonnemaison – Croisement de rue, Anonyme, Nouvelle Écosse, non daté, 125 x 1808 mm – volontairement recadrée pour obtenir une image de 360°. En dessous, deux recadrages de 180° chacun. Ces deux derniers sont facilement interprétables, tandis que le premier exige un processus mental d’objectivation pour rentrer dans la représentation de l’espace et dans la logique d’un perspective curviligne cylindrique bouclée.
Cela étant, avec les panoramas photographiques à grande couverture de champ s’immisce un décodage linéaire, fondé sur favorisant le sens de lecture conventionnel, de l’image qui introduit à la narration. C’est en quelque sorte l’espace qui balayé par la vue se raconte.
[48] BISSON Paul, p.343-347, En quête de valeurs esthétiques et relationnelles, à l’aube d’un siècle nouveau : du multimédia aux hypermédias. Thèse de doctorat, Paris VIII, 2005, 789 p.
Le tirage de ce panorama a été obtenu à partir de 6 négatifs de 21 cm x 27 cm.
Paul Bisson n’est pas très clair sur la source de ses documents. Cette photographie semble avoir été réalisée en 1904 lors de l’exposition universelle de Saint-Louis. L’objectif, en forme de défi, étant de reproduire l’expérience du panorama à l’aide d’un tirage photographique.
[49] FRIZOT Michel
Revoir la question du panorama, et les yeux ont aussi des pieds, op. cit, p.94.
Michel Frizot fait remarquer que c’est en général par substitution de l’œil au dispositif que nous comprenons une vue aérienne ou une vue microscopique par ce que Michel Frizot appelle “une topique mimétique de l’œil”. C’est donc là qu’interviennent les pieds car l’œil tient compte de sa mobilité sur ceux-ci.



Figure II-25
Panoptique. Anonyme, Croisement de rue, Nouvelle Écosse, non daté , tirage argentique, 125 x1808 mm.
Source : Catalogue de la collection Bonnemaison.


